Contexte et objectifs

La proposition de loi relative à la confidentialité des consultations des juristes d'entreprise a été définitivement adoptée le 3 février 2026. Elle instaure un régime de legal privilege à la française, inspiré des systèmes existants dans la plupart des pays de l'OCDE.

Cette loi répond à trois objectifs majeurs :

La France était l'un des derniers grands pays européens à ne pas reconnaître de confidentialité aux consultations de ses juristes d'entreprise.

Les 5 conditions cumulatives

La confidentialité ne s'applique que si cinq conditions sont simultanément remplies. L'absence d'une seule condition suffit à rendre la consultation accessible.

1. Qualification : Master en droit (Bac+5)

Le juriste doit détenir un diplôme de niveau Master 2 en droit ou un diplôme reconnu comme équivalent. Cette condition garantit un socle de compétences juridiques suffisant pour émettre des avis qualifiés.

2. Formation éthique obligatoire

Condition clé : la formation éthique Le juriste d'entreprise doit avoir suivi une formation aux règles déontologiques et éthiques conforme au référentiel défini par arrêté du ministre de la Justice. Cette formation couvre notamment l'indépendance du juriste, les conflits d'intérêts, le devoir de conseil, et les limites de la confidentialité.

Cette formation est le pilier du dispositif. Elle distingue les juristes formés et conscients de leurs obligations de ceux qui ne pourraient pas bénéficier du régime de confidentialité. Le référentiel exact sera précisé par arrêté ministériel.

Les thématiques attendues incluent :

3. Destinataires : direction et gouvernance

La confidentialité ne couvre que les consultations adressées exclusivement à la direction de l'entreprise ou à ses organes de gouvernance (conseil d'administration, directoire, comité exécutif). Les avis diffusés plus largement ne bénéficient pas de cette protection.

4. Contenu : avis fondé sur le droit

La consultation doit constituer un avis ou un conseil fondé sur l'application de règles juridiques. Les documents purement factuels, les rapports d'audit non juridiques ou les communications commerciales ne sont pas couverts.

5. Mention obligatoire

Mention à apposer : « Confidentiel – Consultation juridique – Juriste d'entreprise » accompagnée de l'identification de l'auteur (nom, fonction, date).

L'absence de cette mention rend la consultation non confidentielle. Son apposition frauduleuse sur un document qui ne remplit pas les conditions est pénalement sanctionnée.

Exceptions : pénal, fiscal, Union européenne

La confidentialité est opposable dans les procédures civiles, commerciales et administratives. En revanche, elle ne s'applique pas dans trois domaines :

La confidentialité ne protège PAS contre :
  • Les procédures pénales : les juges d'instruction et le parquet conservent un accès intégral aux consultations.
  • Le contrôle fiscal : l'administration fiscale peut accéder aux documents dans le cadre de ses vérifications.
  • Les contrôles de l'UE : les autorités européennes (Commission, autorités de concurrence) maintiennent leur pouvoir d'investigation.

Sanctions

La loi prévoit des sanctions pénales en cas d'abus :

Calendrier législatif

Étape Date Statut
Dépôt au Parlement 21 décembre 2023 Validé
Adoption Assemblée nationale (1re lecture) 30 avril 2024 Validé
Adoption Sénat 14 janvier 2026 Validé
Adoption définitive 3 février 2026 Validé
Saisine Conseil constitutionnel 23 janvier 2026 En cours
Promulgation et décrets d'application À venir En attente

Comparaison internationale

Le legal privilege existe sous différentes formes dans la majorité des pays développés :

Le choix français est un compromis : la confidentialité est accordée aux juristes d'entreprise (pas uniquement aux avocats), mais sous conditions strictes, notamment la formation éthique.

Questions fréquentes

Cette loi instaure un régime de confidentialité (legal privilege) pour les avis juridiques rédigés par les juristes salariés des entreprises en France. Adoptée le 3 février 2026, elle permet d'opposer la confidentialité de ces consultations dans les procédures civiles, commerciales et administratives, sous réserve de remplir cinq conditions cumulatives.
Oui. La formation aux règles déontologiques et éthiques est l'une des cinq conditions cumulatives. Sans cette formation conforme au référentiel défini par arrêté du ministre de la Justice, aucune consultation ne peut bénéficier de la confidentialité. C'est la condition la plus concrète et actionnable pour les juristes.
Non. La confidentialité ne s'applique pas en matière pénale, fiscale, ni dans le cadre des contrôles de l'Union européenne. Elle est opposable uniquement dans les procédures civiles, commerciales et administratives.
La mention obligatoire est : « Confidentiel – Consultation juridique – Juriste d'entreprise » accompagnée de l'identification de l'auteur (nom, fonction, date). Son absence rend la consultation non protégée. Son apposition frauduleuse est punie d'un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende.
La loi a été définitivement adoptée le 3 février 2026. Le Conseil constitutionnel a été saisi et doit rendre sa décision. L'entrée en vigueur effective sera fixée par décrets d'application. Il est recommandé d'anticiper dès maintenant en se formant et en mettant en place les procédures internes.

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