15 000 € d'amende et 1 an de prison : les sanctions du marquage frauduleux

La loi du 16 février 2024 sur la confidentialité des consultations juridiques des juristes d'entreprise ne se contente pas de protéger : elle sanctionne aussi sévèrement les abus. Le marquage frauduleux d'un document, c'est-à-dire l'apposition indue de la mention « Confidentiel – Consultation juridique – Juriste d'entreprise » sur un document qui ne remplit pas les conditions légales, est passible d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende. Ces sanctions pénales visent à préserver la crédibilité du dispositif et à dissuader toute instrumentalisation de la confidentialité.

Qu'est-ce que le marquage frauduleux ?

Le marquage frauduleux consiste à apposer la mention obligatoire de confidentialité sur un document qui ne constitue pas une véritable consultation juridique, ou à faire apposer cette mention par une personne qui ne remplit pas les conditions d'éligibilité prévues par la loi. Il s'agit d'un délit pénal intentionnel qui suppose la volonté de soustraire frauduleusement un document au regard des tiers, des autorités ou de la justice.

Le législateur a distingué plusieurs formes de marquage frauduleux :

L'élément intentionnel est central : il ne suffit pas qu'un document ait été marqué par erreur. Le parquet doit démontrer que l'auteur du marquage avait conscience que le document ne remplissait pas les conditions légales et qu'il a néanmoins procédé au marquage en connaissance de cause.

Les sanctions pénales : un an d'emprisonnement et 15 000 euros d'amende

Les sanctions prévues par la loi sont particulièrement dissuasives pour un délit de cette nature :

Sanctions pénales principales

  • 1 an d'emprisonnement (peine maximale)
  • 15 000 euros d'amende (peine maximale)

Ces peines sont des maximums : le juge dispose d'un pouvoir d'appréciation pour moduler la sanction en fonction de la gravité des faits, du contexte et de la personnalité de l'auteur. Dans la pratique, les premières condamnations devraient se situer dans une fourchette inférieure, sauf circonstances aggravantes (récidive, obstruction manifeste à la justice, organisation systématique du marquage frauduleux).

Au-delà de la peine principale, le tribunal peut prononcer des peines complémentaires :

Les personnes morales peuvent également être déclarées pénalement responsables si le marquage frauduleux a été réalisé pour leur compte par un organe ou un représentant. L'amende applicable aux personnes morales est alors quintuplée, soit 75 000 euros, conformément aux règles générales du Code pénal.

Qui est pénalement responsable ?

La responsabilité pénale en matière de marquage frauduleux peut peser sur plusieurs acteurs :

Le juriste d'entreprise auteur du marquage

Le premier responsable est le juriste qui appose la mention sur un document non éligible. Sa qualité de professionnel du droit est un facteur aggravant : il est présumé connaître les conditions légales du marquage et ne peut invoquer l'ignorance de la loi. Sa formation en déontologie, condition préalable à l'éligibilité, inclut nécessairement l'enseignement des règles relatives au marquage.

Le supérieur hiérarchique qui ordonne le marquage

Un directeur juridique ou un dirigeant qui donne l'instruction de marquer frauduleusement des documents peut être poursuivi en tant que complice ou co-auteur. L'ordre hiérarchique ne constitue pas un fait justificatif en matière pénale : le juriste qui exécute un tel ordre reste personnellement responsable, tout comme celui qui le donne.

La personne non éligible qui appose la mention

Un collaborateur du service juridique qui ne remplit pas les conditions d'éligibilité et qui appose néanmoins la mention confidentielle commet le délit de marquage frauduleux. L'absence de qualité est ici constitutive de l'infraction.

L'entreprise en tant que personne morale

Si le marquage frauduleux est réalisé dans l'intérêt de l'entreprise et par ses organes ou représentants, la personne morale peut être poursuivie cumulativement avec les personnes physiques responsables.

Scénarios à risque : exemples concrets de marquage potentiellement frauduleux

Pour mieux comprendre les situations qui peuvent constituer un marquage frauduleux, voici plusieurs scénarios concrets inspirés de situations réelles :

Scénario 1 : Le marquage de documents commerciaux

Le directeur commercial demande au juriste d'entreprise d'apposer la mention confidentielle sur des documents relatifs à une politique tarifaire agressive, afin de les soustraire à une éventuelle enquête de l'Autorité de la concurrence. Ces documents ne constituent pas des consultations juridiques : le marquage est frauduleux, et tant le directeur commercial (instigateur) que le juriste (exécutant) s'exposent à des poursuites.

Scénario 2 : Le marquage systématique de toute la correspondance interne

Un département juridique met en place une politique de marquage systématique de l'ensemble de sa correspondance interne, y compris les courriels purement administratifs (organisation de réunions, transmission de documents factuels, échanges avec les ressources humaines sur des sujets non juridiques). Ce marquage excessif, s'il apparaît comme une stratégie délibérée de soustraction, peut être qualifié de frauduleux.

Scénario 3 : Le marquage rétroactif en anticipation d'un contrôle

À l'annonce d'un contrôle fiscal ou d'une perquisition, une entreprise procède au marquage rétroactif de documents internes qui n'avaient jamais été identifiés comme des consultations juridiques. Cette manoeuvre constitue l'un des cas les plus graves de marquage frauduleux, car elle s'accompagne d'une intention manifeste d'obstruction.

Scénario 4 : Le marquage par un stagiaire

Un stagiaire du service juridique, non éligible au dispositif, rédige une note d'analyse et y appose la mention confidentielle sur instruction de son maître de stage. Le document n'est pas protégé et le stagiaire comme le maître de stage peuvent être poursuivis.

Comment se protéger contre le risque de marquage frauduleux ?

La prévention est la meilleure stratégie. Voici les mesures indispensables pour se prémunir contre tout risque de marquage frauduleux :

Le rôle de la formation en déontologie dans la prévention

La formation en déontologie obligatoire pour les juristes d'entreprise joue un rôle fondamental dans la prévention du marquage frauduleux. Elle constitue à la fois une condition d'éligibilité et un outil de sensibilisation aux risques pénaux.

Cette formation aborde plusieurs thèmes essentiels :

La formation continue est également recommandée. Les évolutions jurisprudentielles et réglementaires modifieront progressivement l'interprétation des conditions du marquage, et il est essentiel que les juristes d'entreprise maintiennent leurs connaissances à jour. Nos ressources documentaires sont régulièrement mises à jour pour refléter ces évolutions.

Comparaison avec d'autres sanctions professionnelles

Pour mesurer la sévérité des sanctions du marquage frauduleux, il est instructif de les comparer avec celles applicables à d'autres professions réglementées :

Les avocats et le secret professionnel

La violation du secret professionnel par un avocat est punie d'un an d'emprisonnement et de 15 000 euros d'amende en vertu de l'article 226-13 du Code pénal. Les sanctions du marquage frauduleux sont donc alignées sur celles qui protègent le secret professionnel des avocats, ce qui témoigne de la volonté du législateur de placer les deux dispositifs sur un pied d'égalité en termes de gravité.

Les experts-comptables

L'exercice illégal de la profession d'expert-comptable est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Les sanctions du marquage frauduleux sont comparativement plus modérées, ce qui s'explique par la nature différente de l'infraction : il ne s'agit pas d'un exercice illégal de profession, mais d'un détournement d'un mécanisme de protection.

Les commissaires aux comptes

La non-révélation de faits délictueux par un commissaire aux comptes est punie de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 euros d'amende. Là encore, les sanctions du marquage frauduleux apparaissent proportionnées, l'infraction étant de nature et de gravité différentes.

Les sanctions disciplinaires internes

Au-delà des sanctions pénales, le marquage frauduleux expose son auteur à des sanctions disciplinaires internes (licenciement pour faute grave, voire faute lourde) et à des sanctions ordinales si le juriste est inscrit auprès d'un ordre professionnel. La condamnation pénale pour marquage frauduleux constitue par elle-même un motif de licenciement pour faute grave, indépendamment de tout préjudice subi par l'employeur.

En définitive, les sanctions du marquage frauduleux, bien que situées dans la moyenne des sanctions professionnelles, n'en sont pas moins redoutables par leurs conséquences cumulées : peine d'emprisonnement, amende, interdiction professionnelle, licenciement et atteinte irréversible à la réputation. La meilleure protection reste la rigueur dans l'application des règles et une formation déontologique solide.

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